LIMINAIRE CSI 121

L’existence humaine est un tissu d’avenues où il faut tôt ou tard prendre des décisions de toutes sortes : boire un seul café le matin ou même au cours de la journée ; faire sa marche quotidienne au grand air ou prioriser une autre activité sociale, professionnelle, voire méditative ; choisir un conjoint ou une conjointe; ou encore choisir d’avoir un (autre) enfant… L’être humain se constitue dans et par ses décisions, selon qu’elles engagent plus ou moins sa liberté bien entendu.

Or, il semble de plus en plus difficile de prendre des décisions dans nos sociétés modernes. Est-ce simplement par embarras devant la multitude des possibilités au quotidien ? Notre propre aptitude à décider, elle aussi, n’est-elle pas en cause, sinon plus ? En serions-nous venus, plus souvent qu’autrement, à décider très « mécaniquement » dans ce monde où la gestion et le contrôle sont devenus le mot d’ordre ? Paradoxalement, ne décide-t-on pas parfois, dans certaines situations, de ne pas trop (vite) décider ?

Nos collaborateurs à ce numéro des Cahiers de spiritualité ignatienne nous proposent leurs réflexions quant à la prise de décision dans la culture moderne actuelle. Marc Desmet éclaire le phénomène de la dépression dans nos sociétés occidentales en portant à notre attention l’exaspération de la responsabilité individuelle ; il nous montre comment l’exigence d’autonomie en vient à « peser à ce point sur les épaules » de certaines personnes qu’elles « tombent de fatigue » devant les choix multiples à faire ou sans cesse à refaire. Guy Jobin reprend le problème dans une perspective proprement éthique ; il met en relief la complexité de la prise de décision de nos jours et nous aide à comprendre les impasses possibles de l’exercice de la délibération et de la décision. De son côté, François Nault aborde la question de la décision dans son lien le plus étroit avec l’existence politique elle-même, distinguant deux conceptions de la décision politique et en en mesurant, pour nous, les implications. Jean-François Perron explique le défi que représente le choix de carrière pour les adolescentes et les adolescents d’aujourd’hui ; il en traite de façon autocritique, soucieux de rendre compte de sa propre pratique professionnelle en tant que conseiller en orientation.
Comme d’habitude, notre thématique est explorée d’un point de vue ignatien. Jacques Fédry nous présente sa compréhension de la pédagogie ignatienne de la décision alors que Denis Vasse nous livre spontanément quelques réflexions, d’ordre psychanalytique, sur les conditions de la décision.

Trois personnes nous offrent une relecture de leur expérience relativement à notre problématique. Manon Massé discute avec Gisèle Turcot son engagement social et politique ; des aspects personnels de la prise de décision sont dégagés en même temps que des enjeux décisionnels d’ordre collectif. Lorsque Robert Lapointe nous fait connaître les chemins de traverse qui furent les siens et qui dessine son parcours intellectuel et spirituel, il explicite progressivement, pour notre bénéfice, l’exigence pratique d’un engagement délibéré en société. Enfin, Pascale Dalcq nous sensibilise à sa décision fondamentale de (sur-)vivre après avoir vécu de près les événements du génocide au Rwanda en 1993.

Compte tenu du 49e Congrès eucharistique international qui se tiendra à Québec à l’été 2008, chaque numéro de ce 32e volume des Cahiers inclura au moins un article hors dossier sur l’Eucharistie. Nous publions les réflexions d’Anne Fortin à ce sujet.

Bonne lecture !

Étienne Pouliot